Extérieur

Deux voisins ferment leur robinet de jardin en septembre : un seul évitera la fissure au dégel

Par Thierry Lemoine 30 septembre 2026 5 min de lecture

Robinet extérieur mural givré en hiver

Marc ferme son robinet de jardin un dimanche de septembre, satisfait. Son voisin Alain fait exactement la même chose le même week-end, à quelques mètres de là. Les deux ont tourné la vanne d’arrêt intérieure, les deux pensent avoir protégé leur installation pour l’hiver. Pourtant, au mois de mars suivant, Marc découvrira une fissure dans la maçonnerie autour de sa sortie murale, et un tuyau qui a rendu l’âme. Alain, rien. La différence entre leurs deux hivers tient à un seul geste, rapide, que la plupart des gens ne font jamais parce que personne ne le leur a montré.

Sur le terrain, je vois souvent des arrivées d’eau extérieures endommagées au printemps chez des gens pourtant consciencieux. Ils ont coupé, oui. Mais ils n’ont pas purgé le tronçon. Et c’est là que tout se joue.

Ce qui se passe vraiment dans le tuyau quand le gel arrive

Quand on ferme la vanne d’arrêt intérieure : celle qui coupe l’alimentation du robinet de jardin depuis le sous-sol ou la cave -, on coupe bien l’eau. Mais il reste un tronçon de canalisation entre cette vanne et la sortie extérieure du mur. Ce segment, souvent de vingt à soixante centimètres, est plein d’eau. Et lui, il est exposé au froid.

Voilà le piège : une canalisation encastrée dans un mur extérieur n’est pas à l’abri du gel. Dès que les températures descendent sous zéro durablement, l’eau résiduelle dans ce tronçon gèle. L’eau, en gelant, se dilate d’environ 9 %. Ce volume supplémentaire n’a nulle part où aller. La pression qui monte à l’intérieur du tuyau est considérable. Le résultat, c’est soit une fissure dans le tuyau lui-même, soit une fêlure dans la maçonnerie qui entoure la sortie murale.

Ce que disent les chiffresL’eau qui gèle augmente de volume d’environ 9 %, ce qui génère des pressions capables de fissurer un tuyau en cuivre ou en PVC et de fêler la maçonnerie environnante : dans un espace confiné, la force développée est phénoménale.

C’est précisément ce qui est arrivé à Marc. Il avait bien coupé la vanne intérieure. Mais le robinet extérieur, lui, est resté fermé tout l’hiver. L’eau emprisonnée dans le tronçon exposé n’avait aucune issue. Au dégel, c’est la fissure qui a tout révélé. À mon sens, c’est l’erreur la plus fréquente et la plus évitable de toute la préparation hivernale d’une maison.

Pour les murs extérieurs qui présentent déjà des traces blanches ou des efflorescences, il vaut mieux consulter un guide comme celui sur l’élimination du salpêtre sur un mur extérieur avant l’hiver, parce que la maçonnerie fragilisée résiste encore moins bien aux pressions du gel.

Le geste que l’un des deux voisins n’a pas oublié

Ce qu’Alain a fait, c’est simple : après avoir fermé la vanne d’arrêt intérieure, il a ouvert le robinet extérieur. Pas longtemps : quelques secondes. Juste le temps de laisser l’eau résiduelle s’écouler du tronçon exposé. Une fois ce tronçon vide, il n’y a plus rien à geler. Plus rien à dilater. Plus rien à faire éclater.

La manœuvre complète tient en trois étapes. Fermer la vanne d’arrêt intérieure, celle qui se trouve dans la maison, là où la canalisation pénètre le mur. Ouvrir ensuite le robinet extérieur pour vider le tronçon exposé. Laisser enfin le robinet extérieur ouvert ou en position entrouverte pendant toute la période de gel, pour que l’air circule librement et qu’aucune condensation ne se piège.

Le piège classiqueFermer la vanne intérieure ET le robinet extérieur, c’est créer une chambre close remplie d’eau juste là où le froid frappe le plus fort. Toujours finir la manœuvre en ouvrant le robinet extérieur pour purger le tronçon.

Certains robinets dits « antigel » intègrent un système de vidange automatique : quand on ferme le robinet, une membrane interne s’ouvre et laisse l’eau s’écouler vers l’extérieur. Pratique, mais même ce type de robinet ne fonctionne correctement que si le robinet extérieur est laissé ouvert après la fermeture. Fermé, la vidange est bloquée. L’eau reste. Le gel fait le reste.

Avant l’hiver, c’est aussi le bon moment pour contrôler les menuiseries. Un joint de fenêtre PVC usé laisse entrer l’humidité froide et fragilise les encadrements, exactement comme une canalisation mal purgée fragilise la sortie murale.

Vanne d'arrêt intérieure dans une cave avant l'hiver

Ce que ça dit de nos habitudes face à l’hiver

La plupart des gens savent qu’il faut couper l’eau avant l’hiver. C’est un réflexe transmis, souvent par les parents ou les anciens propriétaires. Mais la deuxième partie du geste : purger le tronçon exposé en ouvrant le robinet extérieur : est rarement mentionnée. Elle n’est pas inscrite sur les robinets. Elle n’est pas dans les notices. Elle est pourtant décisive.

Ce que je constate le plus, c’est que les sinistres liés au gel surviennent chez des gens qui ont fait « presque » tout juste. Ils ont coupé. Ils ont vérifié. Mais ils se sont arrêtés à mi-chemin. L’eau résiduelle, invisible, a fait le reste en silence pendant les semaines les plus froides.

Ce réflexe de purge s’applique d’ailleurs à d’autres circuits : les tuyaux d’arrosage laissés branchés, les raccords de fontaines de jardin, ou les arrivées d’eau encastrées dans les terrasses. Dans tous ces cas, la logique est identique : couper l’alimentation, puis vider le segment exposé. Alain le sait depuis longtemps. Marc, lui, vient de l’apprendre à ses dépens.